MEEK MILL VS DRAKE EN 5 POINTS

Si vous êtes en vacances ou que vous avez des choses plus importantes à faire que scruter les Internets vous n’êtes probablement pas au courant.  Depuis deux semaines Drake et Meek Mill s’affrontent au micro. Petit résumé en cinq points pour épater les collègues sur la plage ou devant la machine à café demain matin ! 

1.  Deux personnages différents.

D’un côté Meek Mill de Philadelphie a le CV d’un rappeur du début des années 2000. Il est le pur produit de l’American Nightmare. Son père meurt assassiné dans une sombre histoire de deal alors qu’il a cinq ans. Sa mère entre petits boulots et menus larcins tient le foyer pour sa grande sœur et lui dans un minuscule deux pièces de North Philly.  Très tôt (ICI à 13 ans)  Meek se plonge dans le Hip-Hop à travers des battles enragées aux coins de rues.

Il trempe aussi dans un autre aspect de la « street ». A 18 ans il est arrêté pour port d’arme illégal. Trois ans plus tard rebelote il tombe pour port d’arme illégal et trafic de drogue. La musique de Robert Rahmeek Williams comme ses glorieux aînés de la east coast dans les années 2000 (Beanie Sigel, Jadakiss, DMX, 50 Cent ou Jay-Z) tourne autour de l’égotrip du gun talk et du  money floss. Pas un couplet de Meek sans références à ses Rolex, ses Audemars, les « bricks » de coke et le « semi-automatic ».

Aubrey Graham alias Drake de l’autre côté est tout le contraire. Maman est canadienne de confession juive et papa est un Afro-Américain musicien de studio originaire de Memphis. Le couple se sépare lorsque le petit Aubrey à 5 ans. Il grandit à Toronto dans un quartier bourgeois avec sa mère et passe quelques moments avec son père à Memphis. Le garçon a également la fibre artistique : de 15 ans à 19 ans Aubrey joue dans la populaire sitcom canadienne Degrassi.

Dés 2006, Drake sort des mixtapes mais ce n’est qu’en 2009 avec So Far Gone qu’il va trouver sa voie et sa voix. Très inspiré par 808 & Heartbreak de Kanye West son beatmaker Noah 40 Shebib et lui développent une identité sonore. Au micro il a popularisé le « emo rap ». LL Cool J, Q-Tip ou le regretté Heavy D s’adressaient à la gente féminine mais le canadien va plus loin. Drizzou, lui confie ses petits chagrins, ses déceptions amoureuses et s’interroge sur l’amitié, la jalousie ou ses anciennes conquêtes. Sa musique devient la bande originale d’une génération qui étale ses états d’âme sur les réseaux sociaux.

2.  Pourquoi sont-ils « fâchés »?

L’artiste du MMG de Rozay et de YMCMB de Lil Wayne ont déjà travaillé ensemble et le résultat n’était pas mal du tout.

Dans son nouvel album Dreams Worth More Than Money sorti fin juin Meek Mill a une nouvelle fois invité son « camarade » Drizzou sur le titre R.I.C.O. C’est de là qu’est parti le drame.  Le 22 juillet le rappeur Meek se lâche sur Twitter. « Arrêtez de me comparer à Drake… Il n’écrit même pas ses textes! C’est pour ça qu’il n’a pas tweeter mon album, parce qu’on l’a découvert!” balance-t-il.  Il affirme que Drizzou n’a pas écrit son seize dans R.I.C.O  : “Il n’a même pas écrit ce couplet sur mon album et si je l’avais su je l’aurais retiré de mon album… Je n’aime pas piéger mes fans! ”  Résumé : Meek en veut à Drake parce qu’il n’ a pas tweeté le lien de son nouvel album (quelle maturité) et qu’il n’a pas écrit ses textes. Hum. Il se chuchote aussi que Meek récemment en couple avec l’élégante Nicki Minaj est jaloux des ex de la demoiselle. Bon courage Meek.

3.  Le pronostic.

Si on parle chiffre, le pauvre Meek ne fait pas le poids face à Drake. Le Canadien a quatre albums multiplatines, plus de dix singles multiplatines et trois tournées mondiales à la ceinture. Grâce à des deals avec  Nike via Jordan Brand, la boisson Sprite et son poste de « global ambassador »  pour l’équipe NBA des Toronto Raptors son compte en banque est beaucoup plus garni que celui de Meek Milly. Si on parle strictement rap, « bars for bars » comme disent les Américains, Drake a selon moi également l’avantage. L’artiste de Lil Wayne a plusieurs flèches à son arc alors que Meek Mill n’a qu’un lance pierre qui balance des boulets.  C’est justement cet aspect qui est mis en avant dans les battles : l’agressivité dans le flow et la férocité des punchlines. La musique de Meek Mill n’est constituée que de cela. Lui qui s’est construit seul, qui a connu la prison et les dures rues de Philly a les munitions pour démolir le parcours du petit acteur de sitcom qui chante des bluettes pour les adolescentes. Mais attention, plusieurs  poids lourds comme Jay-Z (dans We Made It Remix) , Common sur Stay Schemin Remix ou  Pusha T dans l’énorme Exodus 23:1    ont voulu le scalp du jeune Aubrey. Cela ne l’a pas affecté.

4. Les trois chansons 

  • Contre toute attente c’est Drake qui a démarré les hostilités en en dévoilant Charged Up samedi 25 juillet dans l’émission OVO de la radio Apple Beats 1.

Sur une instru soporifique et sans citer le nom de son ennemi, il envoie des petits tacles (« I did some charity today for the kids, But I’m used to it cause all y’all charity cases« , « I see you niggas having trouble going gold ») et surtout le titille sur sa relation avec mademoiselle Minaj. D’abord Drake glisse le « No woman ever had me star struck » ,  puis lance le perfide sous-entendu « Rumor has it, I either fucked her or never could » Meek a répondu sur Twitter…Et puis plus rien. Il devait donner sa réponse le 28 juillet sur Hot 97 lors de l’émission de Funk Master Flex :  NADA.  A la place on a eu droit au clip très « nouveau riche » de All Eyes On You où il expose sa nouvelle acquisition.  Pas très gangsta tout ça.

  • Le lendemain Drake a envoyé  Back To Back un nouveau scud sur Soundcloud.

Les tacles sont plus appuyés  (« Seen what you’d do for fame or what you’d do for freedom »  et surtout les attaques sur la relation avec Nicki Minaj sont plus explicites. Le Canadien se moque du statut de Meek qui fait actuellement la première partie dans la tournée de Nicki Minaj. Pire, il prédit que la rappeuse va le quitter : « I don’t wanna hear about this ever again, not even when she tell ’em that they better as friends »

  • La réponse de Meek Mill  I Wanna Know est finalement arrivée le 30 juillet.

Meek s’ appesantit sur l’accusation de ghostwriter. Il déclare que Quentin Miller écrit les textes de Drake et sous-entend que le canadien s’inspire du flow de Detail (un talentueux artiste de Young Money qui a notamment produit Drunk In Love de Beyoncé)  ou de Hush.  Il déterre aussi des vieux dossiers comme l’altercation avec Chris Brown, Diddy ou un membre de l’équipe de T.I. C’est très brouillon et – on n’a jamais pensé dire cela d’une chanson du MC de Philly – cela manque cruellement d’intensité. Seul petit espoir : les quelques secondes de fin où le titre semble se relancer.

5. Le verdict 

Pour l’instant Drake a clairement l’avantage. Son titre Back 2 Back à l’heure où ces lignes sont écrites est le troisième titre le plus téléchargé aux Etats-Unis. Sur les réseaux sociaux, les Américains démolissent sans pitié le pauvre Meek Mill.

En 2015, Meek Mill l’apprend à ses dépends, l’authenticité n’est plus un critère déterminant dans le Hip-Hop. Le beau-père de Kanye West est un transexuel, Tyga sort avec une adolescente, Wiz Khalifa a épousé une strip teaseuse et Rick Ross qui se fait passer pour un grand dealer était un gardien de prison. Tout le monde s’en fiche. Alors le fait que Drake se fasse aider pour écrire ses textes est le dernier des soucis de ses fans.  Autre observation, le niveau de ces diss tracks est très faible. Inutile de remonter jusqu’à Bomb First de 2 Pac, Second Round KO de Canibus contre LL Cool J ou Ether de Nas.  Les trois petites billes de Drake et Meek ne tiennent pas la comparaison face aux parpaings que The Game et 50 Cent s’envoyaient par mixtapes interposés. Le seul point positif est que l’esprit de compétition du Hip-Hop, l’élément qui le différencie de toutes les autres musiques,  est de retour. Meek Mill en mauvaise posture a encore selon nous le potentiel pour revenir et secouer Aubrey. Drake malgré tout ses accomplissements, est descendu de son trône pour battle avec un « adversaire » : c’est Hip-Hop. Et ça fait toujours plaisir.

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Une réflexion sur “MEEK MILL VS DRAKE EN 5 POINTS

  1. […] 90. Ensuite on trouve les très bons élèves. Ce sont les  J. Cole, Kendrick Lamar, Young Thug, Meek Mill, le sous-estimé Big K.R.I.T, Vince Staples, Tyler The Creator, Travis Scott, Chance The […]

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