TWISTA : « Je me suis déjà ressuscité ! »

Il y a un mois, Twista posait pour la première fois son pied en France. Rencontre avec le roi du « tongue twisting » , artiste majeur du rap U.S et observateur avisé de la scène de Chicago. 

« Les héros de notre jeunesse sont-ils tous voués à devenir des gros cons ? »  Cette question « existentielle » n’est pas le prochain sujet du bac mais une question agacée de la charmante attachée de presse chargée de la promo de Twista à Paris. Il est 17h et Twista devait se présenter à la Manufacture 111 – un nouveau lieu Hip-Hop dans Paris-  il y a au moins heure. Il n’est pas là.  Pire, il a  imposé que l’on interviewe aussi les trois artistes qui l’accompagnent : Corey Cash, King Wavy et P Mac. Trois illustres  inconnus. Au secours !  Twista rappe depuis 1988,  son streetomètre est  dans le négatif et c’est comme cela qu’il aborde sa première promo en France ?  Heureusement non. Carl Terrell Mitchell alias Twista était tout simplement en retard. Il débarque, calme, un peu mal à l’aise, vêtu d’un simple t-shirt Black Sox. La poignée de main franche, il demande timidement un coca à son manager et s’installe avec les trois artistes.  On a quinze minutes.

 UNE BELLE CARRIÈRE. 

L’ancien est serein.  Quand Corey Cash, King Wavy et P. Mac allaient, lui Tung Twista, revenait. Par exemple, ce 16 juillet on fêtera les vingt ans de la chanson Po Pimp du groupe Doe Or Die !  Dans ce titre Twista posait un  « seize » qui l’a fait remarquer dans la scène U.S.

Les trois jeunots connaissent-ils ce classique ?  « C’est probablement avec cette chanson que l’on s’est mis au rap » sourit King Wavy.  « C’est grâce au big homie  Twista que l’on peut se permettre de rêver d’avoir une carrière en venant de Chicago » explique P.Mac. Twista la joue modeste. « C’est une bénédiction d’être encore là vingt  ans plus tard. Cela renforce mon statut dans le game. Cela montre que je ne suis pas juste un gars qui passait ».  Pas juste de passage et qui a ensuite imposé un style. « D’autres comme Jaz-O et Jay-Z le faisaient déjà  » rectifie-t-il toujours aussi modeste. Les voisins de Cleveland (c’est à « seulement » cinq heures de route de Chicago) Bone Thugs-N-Harmony aussi n’étaient pas mauvais dans le genre. « Oui » rembobine le OG, « à l’époque il y avait même eu quelques tensions entre nous mais c’est du passé. »  Après une carrière honorable dans les années 90, Twista va exploser en 2004 avec l’album Kamikaze qui sera disque de platine. Là, il est moins modeste.  « Je me suis déjà ressuscité une fois et j’ai montré que si tu as un bon album tu peux toujours revenir.  »  Ce comeback la mitraillette verbale (en 1992 il était dans le Guiness Book pour avoir balancé 598 syllabes en 55 secondes !)  le doit à son talent, à Roc- A-Fella qui voulait le signer (« Dame et Jay voulaient que je rejoigne leur équipe mais ils n’ont pas pu casser mon contrat avec Atlantic »)  et bien sûr aux deux énormes singles produits par Kanye West : Slow Jamz et l’énorme Overnight Celebrity

Douze ans plus tard leurs carrières sont aux antipodes l’unes de l’autres. Monsieur West  quand il est en France est une des attractions de la Fashion Week. Twista, lui, pour sa première date à Paris est en showcase intimiste à la Manufacture 111. The Life Of Pablo, le huitième projet de Yeezy passionne tout le monde alors que Living Legend le dernier EP du OG est sorti dans l’anonymat complet en décembre dernier.  Ain’t No Comparison chantait Buckshot mais malgré tout que pense Twista de la trajectoire de son camarade ? « Kanye a toujours été très talentueux » , lâche-t-il, « donc tout ce qui lui arrive est vraiment mérité.  Il fait la fierté de Chicago : c’est le plus important ! »

CHICAGO STATE OF MIND.

Chicago est la troisième ville des Etats-Unis. Une troisième place qui se révèle ingrate dans un pays qui ne célèbre que les « number one ». De fait, face à New York l’insolente et L.A. la clinquante, Chi-Town doit en faire encore plus pour se faire remarquer.  Twista se souvient de l’époque où il y avait ni internet et de labels dans la ville.  « On devait prendre l’avion alors que les autres artistes pouvaient simplement prendre le métro. C’était compliqué et je devais saouler les gens pour les convaincre qu’il y avait du talent chez nous. » Alors la ville de l’Illinois depuis presque trente ans entretient sa tradition de gangsters et de gentlemen.  « Il y a autant de la drill violente que du rap positif et très cool » résume assez bien King Wavy. Twista acquiesce . « Chez nous dans le Midwest on a toujours pris un peu de partout. Moi par exemple, j’étais un grand fan de N.W.A et de KRS One. »  Aujourd’hui le posé Mick Jenkins et le violent Chief Keef représentent chacun à leurs manières Chi-Town.  Éternel recommencement selon Twista : « Chief Keef et Chance The Rappper c’est un peu comme à l’époque Common et moi. » 

Ensuite lorsqu’on évoque Chicago, il faut malheureusement parler de l’insensée violence qui gangrène la ville depuis plusieurs années. Au moment de l’interview (il y a trois semaines)  Chicago  comptait déjà 96 personnes assassinées depuis le début de l’année. Aucun de mes interlocuteurs ne bouge un sourcil à l’annonce de ce chiffre. Wavy King sans rire lâche même « c’est tout ? Il doit en manquer quelques uns… ». On reste sans voix alors Corey Cash s’explique : « on peut te sembler insensible mais dans mon quartier en deux mois il y a déjà eu six morts. »   « Attention », prévient Twista, « le rap met la lumière sur la violence d’une ville. »  La thèse de l’ancien est plausible : « lorsque Snoop est arrivé on pensait tous que Long Beach était la capitale du crime. Plus loin avant, quand Boogie Down Productions a explosé je pensais que le Bronx était super dangereux. Même chose avec Scarface et Houston. Lorsque Chief Keef est arrivé et bien tout le monde s’est focalisé sur Chicago. »  Belle démonstration. Enfin qu’a-t-il pensé de Chi-Raq le dernier film controversé  de Spike Lee. Twista, très en verve a une belle image « Stephen Curry est le meilleur joueur de cette saison mais parfois il peut faire des mauvais matchs. Spike Lee est une légende mais lui aussi parfois peut faire des films de merde. C’est pas grave ! »  Alors les héros de notre jeunesse sont-ils tous voués à devenir des gros cons ?  Twista n’est pas concerné.  Mieux, il ne se voit pas arrêter. « Pour moi le rap est plus facile que le chant donc je me vois encore faire une longue carrière. »  En attendant la prochaine résurrection.

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