Le jour où j’ai parlé avec la mère de Biggie

Il y a vingt ans, le 9 mars 1997 The Notorious B.I.G  était assassiné au sommet de sa gloire. Je n’ai malheureusement jamais eu l’occasion de le rencontrer. En revanche j’ai eu l’immense privilège de rencontrer sa mère.

Grimpez dans la DeLorean et garez vous  en 2009. Dans le cadre de la promotion de Notorious le biopic consacré à la vie de Notorious B.I.G, le studio Search Light Fox  a mis les petits plats dans les grands.  Direction  New York, 48 heures pour la promo du film.  Oui, c’était la belle époque… Les journalistes,  dont mon camarade Malik Cocherel, sont logés sur Lexington Avenue dans “Money Making” Manhattan comme disent les Américains. On a à peine le temps de déposer nos bagages et de se débarbouiller dans nos chambres du cossu Hôtel W qu’il faut déjà ressortir. Direction la « projo » de presse. Dans la salle de projection à quelques encablures de Time Square, je reconnais des visages familiers comme le journaliste Jayson Rodriguez  qui à l’époque écrivait pour le magazine XXL. Je vois aussi A.J l’ancien présentateur de l’émission phare de BET, 106 & Park.  Notorious n’est pas un chef d’oeuvre mais respecte scrupuleusement les faits. C’est déjà ça. Le film revient sur la genèse de cette carrière fulgurante : une mère enseignante rigoureuse, un père absent et l’appel de la rue  de Bed Stuy “Doe Or Die” auquel il ne va pas résister. C’est le fils de Big,  Christopher Wallace Jr qui joue le rôle de son père enfant.  Gravy alias Jamal Woolard, convainc beaucoup moins en Biggie adulte. En plus, suprême blasphème, il rappe avec sa voix les textes de Christopher Wallace.  Lorsqu’on connaît la carrière insignifiante du gaillard juste émaillé par un fait d’arme (une fausse fusillade il y a onze ans devant la radio Hot 97) je ne peux pas m’empêcher de grincer des dents. Naturi Naughton, que l’on redécouvrira quelques années plus tard dans la série Power, en Lil Kim, est limite. C’est le pourtant bon acteur Derek Luke (on le reverra notamment dans trois épisodes d’Empire) qui joue Puff Daddy qui va me marquer. Il provoque  l’hilarité dans la salle chaque fois qu’il apparaît à l’écran.  Le malaise. Seule sort du lot, la grande Angela Bassett impériale en Ms Wallace.

Le lendemain la rencontre entre la presse et la distribution du film est organisée au légendaire Legacy Studios toujours vers Time Square. Dans la table ronde – nous ne sommes qu’une poignée de journalistes-  les acteurs face à nous sont « à l’américaine » :  toutes nos questions sont “great” et bien sûr le tournage était “ une expérience incroyable”.  Lorsque Miss Wallace et Angela Basset entrent main dans la main dans la pièce mon ventre se noue. Ces deux élégantes femmes en jettent !  Normal, d’un côté Angela Bassett est une actrice avec un belle carrière et de l’autre Violetta Wallace est une femme en deuil et la mère du héros de ma jeunesse. Cela reste de la promo et Miss Wallace sert le discours officiel :  » je ne voulait qu’une seule actrice pour jouer mon rôle et c’est Angela. » Evidemment. Rapidement, le naturel reprend le dessus. Comme par exemple pour raconter le moment où elle a réalisé que son fils était célèbre.  « Lorsque Christopher m’a demandé de participer au clip Juicy »   souffle-t-elle avec un très léger accent jamaïcain. « Il a beaucoup insisté mais au début je ne voulais pas. Finalement son manager Mark ( NDR Mark Pitts devenu ensuite manager entre autres d’Usher puis de J.Cole et récemment Miguel)  m’a assuré qu’il n’y avait rien d’irrespectueux dans le clip.  Surtout je ne voulais pas laisser ma petite-fille T’Yanna sans surveillance. » Après les éclats de rire elle reprend grave : « je me suis vraiment rendu compte que mon fils était très populaire lors des funérailles à Brooklyn. »

Un autre confrère indique qu’il était de notoriété publique qu’au début elle n’appréciait pas Puff Daddy. « C’est normal », sourit-elle, « quel adulte se fait appeler Puffy ? »  En quelques instants, elle nous fait passer du rire (elle raconte par exemple que son fils “détestait son surnom Chrissy Pooh” !) aux larmes lorsque elle confesse que la scène de l’enterrement dans le film a été “la plus pénible à regarder”.  Ce jour là, je sentais qu’elle était comme grisée par cette attention qu’on lui donnait. Non pas comme une starlette contente d’être sous les projecteurs mais simplement comme une maman fière de parler encore et toujours de son fils unique.


Aujourd’hui beaucoup de fans de rap n’étaient que des enfants lorsque Biggie est mort. En 2017, Brooklyn  est devenu le terrain de jeu de l’insolente Young M.A, du  haut perché Desiigner, du talentueux Joey Badass ou du turbulent Casanova. Pour moi amateur de M.O.P, Mos Def, Busta Rhymes, Sean Price et surtout grand fan de Jay-Z, Brooklyn  n’a qu’un seul maire. BK sera toujours le borough du King Of New York aka Franck White aka The Notorious B.I.G. Célébrons sa musique aujourd’hui et ayons une pensée pour sa mère qui en 1997 a perdu son fils de 25 ans.

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